| |

Remblayage des anciens placers d’or de Narena

Une action salvatrice de l’ONG AZHAR et son partenaire MELCI-MA (Mission de l’Eglise Luthérienne Côte d’Ivoire-Mali) de Norvège.
Dans le Mandé, particulièrement dans la commune rurale de Naréna, l’exploitation artisanale de l’or a considérablement dégradé les terres cultivables à travers les placers (des trous profonds et interconnectés). Cette dégradation est à la fois une perte économique, un danger écologique mais aussi et surtout un mortifère pour les humains et les animaux.
Naréna, commune rurale du cercle de Kangaba (Région de Koulikoro) est située sur l’axe Bamako-Kankan à 35 km de la frontière Guinéenne et à 85km de Bamako. Avec une population de quinze mille habitants environs, Naréna a comme principale activité économique l’agriculture. Mais, une agriculture qui a perdu sa place vitale dans la zone et risque de disparaitre au profit de l’exploitation artisanale et anarchique de l’or si l’on ne prend garde.
«Creusons les trous à la recherche de l’or mais acceptons de restaurer les terres dégradées » tel est l’esprit citoyen et humanitaire par lequel cette initiative est mise en œuvre. Pour permettre à la génération future de se servir de ces terres combien vitales, l’ONG AZHAR a pris l’initiative de «restaurer les placers abandonné depuis des décennies». Les placers tuent presque chaque semaine des animaux à la recherche des pâturages et de l’eau. Ces anciens placers constituent pour la commune une perte en espace cultivable, mais aussi une perte économique en bétail.
L’ONG AZHAR, créée au nord du Mali en 2008 a pour objectif l’amélioration de vie des agro-pasteurs et l’incitation des populations à promouvoir le développement local. Cette initiative d’une ONG du nord dans le Mandé profond est une belle preuve d’intégration et de réconciliation ethnique, chose dont le Mali a tant besoin aujourd’hui en cette période de crise multidimensionnelle.
L’orpaillage artisanal date de très longtemps et consiste à creuser des trous à la recherche de l’or sans jamais les remblayer. Une pratique qui dégradait et dégrade encore avec une vitesse de croisière les terres cultivables de la localité. Pourtant, ces terres constituent la richesse de la localité car servaient à l’agriculture, à l’élevage et dans une moindre mesure à la pêche.
L’idée de les remblayer s’est butée à un certain nombre de difficultés. Mais l’initiative est une cause noble pour l’ONG AZHAR active dans la recherche du développement local. Elle en a l’expérience comme le démontre son palmarès d’activités réalisées depuis 2012. Avec la crise, elle a joué sa partition en intervenant et continue d’intervenir dans les régions de Kayes, Koulikoro, Gao, Kidal et le district de Bamako.
Persuader les populations pour la restauration de leur environnement
Au départ, cette initiative de remblayer les placers suscitait des interrogations surtout de la part des paysans les plus sceptiques qui voulaient en faire un cas. Raison pour laquelle, les populations regardaient le projet test d’un mauvais œil. Certains pensaient que c’est une stratégie pour arrêter l’extraction de l’or. D’autres ont cru que c’est pour des intérêts personnels de la part de certains membres parmi les initiateurs du projet dont est issue l’idée de « restaurer ces terres ». En plus de cette appréhension/incompréhension, les propriétaires terriens avaient la crainte que leurs terres ne leurs soient retirées et vendues à d’autres personnes. Une autre difficulté de taille existait également, à savoir le manque de partenaires financiers pour la mise en œuvre du projet. Grâce à la ténacité, à l’engagement de l’ONG AZHAR et de son chef d’antenne à Narena, Monsieur Youssouf Koné avec l’appui des responsables coutumiers, des élus communaux et des conseillers villageois, des campagnes et des assemblées d’informations et de sensibilisation ont permis d’édifier les populations sur l’avantage de restaurer les terres dégradées pour une rentabilité immédiate mais aussi pour assurer la survie des générations futures. Les populations ont finalement adhéré à l’initiative. « Ça m’a donné une confiance à chercher un partenariat » disait Youssouf Koné chef d’antenne de l’ONG AZHAR-Narena.
Malgré cette adhésion des populations, certains n’y croyaient pas toujours. C’est avec l’expérience test, et le dégagement de l’espace que les gens commencèrent à être optimistes.
L’objectif premier de ce projet est donc de restaurer les terres pour qu’après l’or d’autres activités économiques puissent être pratiquées et limiter la perte d’animaux à Narena. Egalement, faire en sorte que les recettes issues de l’exploitation de l’or contribuent au développement local.
A la cérémonie inaugurale, le directeur des programmes de l’ONG AZHAR, M. Assinamar Ag Rousmane avait utilisé les mots justes pour illustrer la situation des terres de la localité, il disait en substance que « la terre qui est là aujourd’hui, nous nous en servons, mais nous devons la léguer à nos petits fils en bon état  car nous le leur avons empruntée, il faut la restituer encore utile et exploitable pour l’agriculture, l’élevage, la pêche et d’autres activités génératrices de revenus ».
MELCI-MA, un partenaire engagé avec l’ONG AZHAR pour le bien être des populations de Naréna
Le dossier projet avait été présenté à beaucoup de cadres issus de la localité mais ils n’ont pas été sensibles au phénomène dévastateur de leur terroir. MELCIMA, une Mission de l’Eglise Luthérienne norvégienne présente dans la localité a été la toute première oreille à entendre l’alerte des initiateurs du projet et des populations. Quand l’initiative a été présentée, elle fut appréciée, acceptée et financée dans le cadre d’un « projet test ». C’est ainsi qu’un premier placer à Kouroubambé a été choisi à titre expérimental pour être réalisé sur une période de cinq mois. Des résultats probants ont été obtenus.
Le projet de Narena est un projet test de deux ans qui prendra fin en décembre 2018. Des résultats ont été déjà obtenus avec six (6) hectares remblayés et entourés de grillage et 5000 pieds arbres sont plantés pour redonner à la terre sa vitalité et entreprendre des cultures (haricots, courges calebassiers, arachides). Ce projet test permet de préparer un programme quinquennal qui est en cours d’élaboration. MELCI-MA, principal bailleur de fonds, compte accompagner cette initiative sur cinq années à partir de 2019.
Perspective des activités de l’ONG AZHAR à Narena
En dehors des activités de remblaye des placers, l’ONG AZHAR compte mettre en œuvre des activités communautaires qui auront un impact positif sur l’Education. Il faudra dans l’avenir aider le sous secteur de l’Education notamment dans la scolarisation des enfants de la commune de Naréna où (3) trois hameaux (Koulaka, Danka Ténè et Bayan) avec une importante population d’enfants scolarisables n’ont toujours pas d’école. L’ONG AZHAR envisage par ailleurs, appuyer les tontines pour la mise en place des caisses crédit-épargne Musso ka Jigy Ton (MJT).
Avant cette exploitation artisanale de l’or, il existait 20 rivières, mais aujourd’hui, seulement (4) quatre d’entre elles existent encore à cause des déblais sortis des trous qui sont entraînés par les ruissellements dans les lits des rivières. Avec l’aide de MELCI-MA, partenaire financier, l’ONG compte les réhabiliter et construire de petits barrages de retenus d’eau afin de relancer la pêche et le maraîchage dans la commune. Parmi les effets collatéraux de l’exploitation artisanale de l’or, il faut signaler qu’à chaque saison sèche, les puits sont taris par les pompages continus et excessifs exercé sur la nappe phréatique par les orpailleurs.
Aussi, pour réhabiliter et mettre en valeur l’agriculture parallèlement à l’exploitation artisanale et anarchique de l’or, la promotion des filières agricoles orientées vers les pratiques de l’agro écologie sera initiée. Les agriculteurs seront aidés avec des outils agricoles qu’ils rembourseront à chaque récolte en vue de mettre en place un fonds revolving pour l’équipement agricole. Les cultures seront diversifiées pour permettre à la terre de retrouver sa place dans la vie économique des populations.
Et à Léopold Sedar Senghor de résumer la problématique de la terre en ces termes : « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».
M.M

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *