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Femmes et dynamiques des conflits au Mali

Le processus de paix passe par l’implication des femmes à tous les niveaux

La femme, actrice incontournable dans la gestion, l’organisation et le fonctionnement de la société depuis la nuit des temps, est et demeure incontournable dans la résolution de la crise qui secoue le Mali depuis 2012. Ainsi, pourra-t-on se demander du rôle que peuvent les femmes dans la résolution de cette crise.

Le positionnement des femmes leaders d’opinion dans la crise malienne ; leurs attentes et leurs visions de la réconciliation nationale ; les actions qu’elles mènent en faveur d’une justice sociale et/ou pour la réconciliation nationale sont les résultats d’une étude menée sur les différents statuts de la femme selon les régions. Les échanges engendrés par les restitutions de cette étude ont fait cas du fait qu’au nord comme au sud, les femmes sont généralement à la base ou servent de moteur aux mouvements mais dès lors qu’il s’agit d’être dans les processus institutionnels, elles sont marginalisées.

Cette étude visait à souligner l’importance de penser un dialogue malien sur de multiples niveaux (local, intra- et intercommunautaire, régional et national) pour aspirer à un dépassement de la « crise » malienne amorcée en 2012. Les femmes peuvent faciliter une réconciliation nationale si elles ne sont pas mal appréhendées. Car de tous temps, elles sont des interlocutrices incontournables, et incarnent les liens de transmission entre les divers acteurs. De surcroît, elles participent à guider et à influencer le débat autour de la question du genre, au niveau des instances officielles et de leurs communautés.

Le vivre ensemble par la redécouverte de la pluralité des récits

Quant aux femmes leaders ressortissantes des communautés du sud du Mali, elles ont insisté sur leur rôle commun « de mère, d’épouse et de sœur », capable d’apaiser les tensions politiques et sociales accompagnant le conflit. Elles s’inscrivent dans un dialogue sur les problèmes de gouvernance au niveau national et rappellent que la rébellion touarègue n’est pas le seul élément de la crise puisqu’il y a aussi eu le coup d’État du 21 mars 2012.

L’idée de repenser le vivre-ensemble à l’échelle nationale s’avère pertinente. Cela ne pourra avoir lieu si on ignore les particularismes culturels et les histoires diverses pouvant figurer dans le récit commun malien, ainsi que les humiliations et traumatismes vécus au nord du Mali.

Plusieurs initiatives semblent aller dans ce sens avec de concertations et des dialogues intra et intercommunautaires comme par exemple l’initiative du « Cercle de paix » du WILDAF Mali. Mais, il est nécessaire que les femmes leaders des différentes ONGs et associations continuent à favoriser le dialogue et s’inspirer les unes des autres, pour permettre de mettre de l’avant les femmes dans la société malienne.

Assinamar Ag Rousmane et M.M

Formation et apprentissage au profit des jeunes de Tessalit par la MINUSMA 

La formation professionnelle, une alternative d’intégration des jeunes à risque de radicalisation

Pour éviter la radicalisation des jeunes à Tessalit, la MINUSMA  a entrepris une formation professionnelle de six mois pour faciliter leur intégration socio professionnelle.

Une cinquante (50) jeunes à risque de radicalisation à Tessalit ont été formés par la mission onusienne. Le lancement officiel du projet a eu lieu le 08 juin 2017 en présence des élus locaux, des bénéficiaires, des leaders communautaires et des représentants de la MINUSMA.

Ce projet « Formation et apprentissage au profit des jeunes de Tessalit » a pour objectif de former jeunes du cercle de Tessalit issus des groupes armés et à risque de radicalisation sur le corps de métier (maçonnerie, maraichage, coupe et couture, mécanique-auto et électricité).

A la fin de la formation, les 50 apprenants ont été dotés d’équipements/kits pour assurer leur réinsertion dans la vie socio professionnelle. En plus de la formation théorique et pratique sur les métiers, les apprenants ont aussi été formés en alphabétisation en langue locale Tamashek pour apprendre à lire et à écrire.

Pour bien mettre en œuvre le projet, une longue période a été consacrée aux choix des bénéficiaires. Ce processus a été conduit par l’équipe du projet qui a réuni toutes les sensibilités communautaires afin d’établir de critères clairs sur le choix des bénéficiaires. A la fin du processus 50 bénéficiaires ont été sélectionnés, tous sont issus de familles vulnérables.

A la fin de formation un certificat a été délivré à tous les apprenants pour leur permettre de faire valoir leur nouveau savoir-faire. Plusieurs d’entre eux (électriciens, maçons, mécaniciens) ont même été recrutés par la MINUSMA à la fin de la formation.

M.M

Citoyenneté et Démocratie 

Promouvoir la réconciliation nationale à travers les valeurs culturelles positives et la diversité ethnique

Pour permettre à la jeunesse de jouer un rôle de premier plan dans la consolidation du processus démocratique au Mali, l’ONG AZhAR a initié le projet «Jeunesse/Citoyenneté et Démocratie» sur financement de la National Endowment for Democracy (NED).

L’objectif de cette initiative était de renforcer les capacités des jeunes de Gao et Tessalit dans le cadre du dit projet. Cette phase du projet est orientée vers la lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation des jeunes. Elle s’est étendue sur une période d’un an.

L’initiative est en fait basée sur l’organisation de débats intergénérationnels, des émissions radios, des sessions de formation, des campagnes de sensibilisation et information, et des évènements sportifs et culturels. Toutes ces activités avaient permis d’éveiller la conscience des jeunes sur le phénomène de l’extrémisme violent qui est devenu un problème de société au Mali et au Sahel mais aussi un grand frein au développement.

L’ambition était donc de mobiliser la jeunesse malienne au niveau des régions de Gao et Kidal pour comprendre et faire face au fléau de l’extrémisme violent. Ce dispositif avait permis de faire émerger un esprit de citoyen actif au sein de la jeunesse.

Rôle de la jeunesse dans le processus de paix et vivre ensemble

Aujourd’hui, l’engagement et l’implication de la jeunesse malienne dans la résolution de la crise du nord et du centre du pays sont devenus nécessaires pour consolider la paix et sauver le « vivre ensemble » qui a fait la légendaire grandeur du Mali. Les jeunes du Mali en général et ceux des régions du nord en particulier se sont montrés incontournables du début de la crise jusqu’à la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation.

Les jeunes ont donc joué l’exemplaire rôle qui était attendu d’eux par la nation à savoir : la conduite des actions de sensibilisation et de mobilisation, la restauration des valeurs de démocratie, du vivre ensemble et de la cohésion sociale ; des valeurs dégradées par des tensions intra et intercommunautaires qui sont à vrai dire à l’origine de l’effritement du tissu social malien.

L’ONG AZHAR, dans le cadre du renforcement des capacités des organisations de jeunes a organisé deux (2) émissions radio dans la région de Gao afin d’échanger avec le plus grand nombre d’auditeurs sur le rôle que doit jouer cette jeunesse dans le processus de réconciliation nationale à partir des valeurs culturelles positives et la diversité ethnique.

L’extrémisme violent, quel rôle pour la jeunesse malienne ?

Selon de nombreux experts, l’une des causes majeures de l’extrémisme violent est le désœuvrement de la jeune conséquence immédiate du chômage et de la pauvreté. Selon les jeunes, il est impératif que les autorités impliquent la force vive du pays non seulement dans les prises de décisions concernant leur avenir, mais aussi leur confier des postes de responsabilité pour mieux participer au développement et à la stabilité du pays.

En plus de ces actions, l’ONG AZHAR et son partenaire NED (National Endowment for Democracy) ont organisé trois (3) débats à Gao le 31 juillet et les 07 et 14 Août à Mopti et Bamako avec pour objectif principal la poursuite de la dynamique d’accompagnement et de renforcement de la jeunesse dans le processus de stabilisation de la démocratie et de la lutte contre l‘extrémisme violent. Ces rencontres ont enregistré une participative massive des jeunes. Ces débats ont permis d’approfondir les réflexions sur les causes qui poussent les jeunes de ces régions à la radicalisation et à l’extrémisme violent. Des propositions et recommandations furent prises pour trouver des solutions à cette dérive qui menace le pays tout entier.

L’ONG AZHAR, malgré l’insécurité caractérisée par des attaques et des affrontements violents entre les groupes armés, a pu mener à bien ses activités sur le terrain. Les experts locaux spécialistes des questions de jeunesse de l’extrémisme violent issus de la société civile et quelques imams ont facilité l’animation de ces débats auxquels ont participé des jeunes leaders, des leaders locaux et des élus. De ces journées de débats et d’échanges il est sorti beaucoup de réflexions pertinentes sur les problématiques posées.

Le rôle des mosquées dans la lutte contre l’extrémisme violent

Toujours avec son partenaire, la fondation NED, l’ONG AZHAR avait organisé une journée de débats sur le thème « débat intergénérationnel sur le rôle des mosquées dans l’extrémisme violent ». Là également, l’objectif était de créer un cadre d’échange entre la jeune génération et les aînés afin de déterminer les actions concrètes autour du sujet crucial de l’extrémisme violent. Cette journée a aussi été l’occasion d’approfondir les réflexions sur les causes qui motivent les jeunes à aller se détruire dans le radicalisme. La rencontre s’est déroulée au Centre d’Accueil de Tessalit. Elle a regroupé 30 participants composés des jeunes leaders, des leaders religieux, des représentants des autorités locales et le réseau des organisations féminines du cercle.

A l’issue de cette rencontre, des recommandations ont été formulées parmi lesquelles on peut citer : la tolérance dans le discours de prêche public dans les mosquées, la lutte contre la pauvreté et la famine, la promotion de l’emploi des jeunes, la vulgarisation et l’interprétation herméneutique des textes religieux, la restauration et le renforcement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national.

M.M

Remblayage des anciens placers d’or de Narena

Une action salvatrice de l’ONG AZHAR et son partenaire MELCI-MA (Mission de l’Eglise Luthérienne Côte d’Ivoire-Mali) de Norvège.
Dans le Mandé, particulièrement dans la commune rurale de Naréna, l’exploitation artisanale de l’or a considérablement dégradé les terres cultivables à travers les placers (des trous profonds et interconnectés). Cette dégradation est à la fois une perte économique, un danger écologique mais aussi et surtout un mortifère pour les humains et les animaux.
Naréna, commune rurale du cercle de Kangaba (Région de Koulikoro) est située sur l’axe Bamako-Kankan à 35 km de la frontière Guinéenne et à 85km de Bamako. Avec une population de quinze mille habitants environs, Naréna a comme principale activité économique l’agriculture. Mais, une agriculture qui a perdu sa place vitale dans la zone et risque de disparaitre au profit de l’exploitation artisanale et anarchique de l’or si l’on ne prend garde.
«Creusons les trous à la recherche de l’or mais acceptons de restaurer les terres dégradées » tel est l’esprit citoyen et humanitaire par lequel cette initiative est mise en œuvre. Pour permettre à la génération future de se servir de ces terres combien vitales, l’ONG AZHAR a pris l’initiative de «restaurer les placers abandonné depuis des décennies». Les placers tuent presque chaque semaine des animaux à la recherche des pâturages et de l’eau. Ces anciens placers constituent pour la commune une perte en espace cultivable, mais aussi une perte économique en bétail.
L’ONG AZHAR, créée au nord du Mali en 2008 a pour objectif l’amélioration de vie des agro-pasteurs et l’incitation des populations à promouvoir le développement local. Cette initiative d’une ONG du nord dans le Mandé profond est une belle preuve d’intégration et de réconciliation ethnique, chose dont le Mali a tant besoin aujourd’hui en cette période de crise multidimensionnelle.
L’orpaillage artisanal date de très longtemps et consiste à creuser des trous à la recherche de l’or sans jamais les remblayer. Une pratique qui dégradait et dégrade encore avec une vitesse de croisière les terres cultivables de la localité. Pourtant, ces terres constituent la richesse de la localité car servaient à l’agriculture, à l’élevage et dans une moindre mesure à la pêche.
L’idée de les remblayer s’est butée à un certain nombre de difficultés. Mais l’initiative est une cause noble pour l’ONG AZHAR active dans la recherche du développement local. Elle en a l’expérience comme le démontre son palmarès d’activités réalisées depuis 2012. Avec la crise, elle a joué sa partition en intervenant et continue d’intervenir dans les régions de Kayes, Koulikoro, Gao, Kidal et le district de Bamako.
Persuader les populations pour la restauration de leur environnement
Au départ, cette initiative de remblayer les placers suscitait des interrogations surtout de la part des paysans les plus sceptiques qui voulaient en faire un cas. Raison pour laquelle, les populations regardaient le projet test d’un mauvais œil. Certains pensaient que c’est une stratégie pour arrêter l’extraction de l’or. D’autres ont cru que c’est pour des intérêts personnels de la part de certains membres parmi les initiateurs du projet dont est issue l’idée de « restaurer ces terres ». En plus de cette appréhension/incompréhension, les propriétaires terriens avaient la crainte que leurs terres ne leurs soient retirées et vendues à d’autres personnes. Une autre difficulté de taille existait également, à savoir le manque de partenaires financiers pour la mise en œuvre du projet. Grâce à la ténacité, à l’engagement de l’ONG AZHAR et de son chef d’antenne à Narena, Monsieur Youssouf Koné avec l’appui des responsables coutumiers, des élus communaux et des conseillers villageois, des campagnes et des assemblées d’informations et de sensibilisation ont permis d’édifier les populations sur l’avantage de restaurer les terres dégradées pour une rentabilité immédiate mais aussi pour assurer la survie des générations futures. Les populations ont finalement adhéré à l’initiative. « Ça m’a donné une confiance à chercher un partenariat » disait Youssouf Koné chef d’antenne de l’ONG AZHAR-Narena.
Malgré cette adhésion des populations, certains n’y croyaient pas toujours. C’est avec l’expérience test, et le dégagement de l’espace que les gens commencèrent à être optimistes.
L’objectif premier de ce projet est donc de restaurer les terres pour qu’après l’or d’autres activités économiques puissent être pratiquées et limiter la perte d’animaux à Narena. Egalement, faire en sorte que les recettes issues de l’exploitation de l’or contribuent au développement local.
A la cérémonie inaugurale, le directeur des programmes de l’ONG AZHAR, M. Assinamar Ag Rousmane avait utilisé les mots justes pour illustrer la situation des terres de la localité, il disait en substance que « la terre qui est là aujourd’hui, nous nous en servons, mais nous devons la léguer à nos petits fils en bon état  car nous le leur avons empruntée, il faut la restituer encore utile et exploitable pour l’agriculture, l’élevage, la pêche et d’autres activités génératrices de revenus ».
MELCI-MA, un partenaire engagé avec l’ONG AZHAR pour le bien être des populations de Naréna
Le dossier projet avait été présenté à beaucoup de cadres issus de la localité mais ils n’ont pas été sensibles au phénomène dévastateur de leur terroir. MELCIMA, une Mission de l’Eglise Luthérienne norvégienne présente dans la localité a été la toute première oreille à entendre l’alerte des initiateurs du projet et des populations. Quand l’initiative a été présentée, elle fut appréciée, acceptée et financée dans le cadre d’un « projet test ». C’est ainsi qu’un premier placer à Kouroubambé a été choisi à titre expérimental pour être réalisé sur une période de cinq mois. Des résultats probants ont été obtenus.
Le projet de Narena est un projet test de deux ans qui prendra fin en décembre 2018. Des résultats ont été déjà obtenus avec six (6) hectares remblayés et entourés de grillage et 5000 pieds arbres sont plantés pour redonner à la terre sa vitalité et entreprendre des cultures (haricots, courges calebassiers, arachides). Ce projet test permet de préparer un programme quinquennal qui est en cours d’élaboration. MELCI-MA, principal bailleur de fonds, compte accompagner cette initiative sur cinq années à partir de 2019.
Perspective des activités de l’ONG AZHAR à Narena
En dehors des activités de remblaye des placers, l’ONG AZHAR compte mettre en œuvre des activités communautaires qui auront un impact positif sur l’Education. Il faudra dans l’avenir aider le sous secteur de l’Education notamment dans la scolarisation des enfants de la commune de Naréna où (3) trois hameaux (Koulaka, Danka Ténè et Bayan) avec une importante population d’enfants scolarisables n’ont toujours pas d’école. L’ONG AZHAR envisage par ailleurs, appuyer les tontines pour la mise en place des caisses crédit-épargne Musso ka Jigy Ton (MJT).
Avant cette exploitation artisanale de l’or, il existait 20 rivières, mais aujourd’hui, seulement (4) quatre d’entre elles existent encore à cause des déblais sortis des trous qui sont entraînés par les ruissellements dans les lits des rivières. Avec l’aide de MELCI-MA, partenaire financier, l’ONG compte les réhabiliter et construire de petits barrages de retenus d’eau afin de relancer la pêche et le maraîchage dans la commune. Parmi les effets collatéraux de l’exploitation artisanale de l’or, il faut signaler qu’à chaque saison sèche, les puits sont taris par les pompages continus et excessifs exercé sur la nappe phréatique par les orpailleurs.
Aussi, pour réhabiliter et mettre en valeur l’agriculture parallèlement à l’exploitation artisanale et anarchique de l’or, la promotion des filières agricoles orientées vers les pratiques de l’agro écologie sera initiée. Les agriculteurs seront aidés avec des outils agricoles qu’ils rembourseront à chaque récolte en vue de mettre en place un fonds revolving pour l’équipement agricole. Les cultures seront diversifiées pour permettre à la terre de retrouver sa place dans la vie économique des populations.
Et à Léopold Sedar Senghor de résumer la problématique de la terre en ces termes : « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».
M.M